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Clive Staples LEWIS

C. S. Lewis est l'écrivain contemporain auquel semble parfaitement s'appliquer cet épigraphe grec à propos de Platon : «Quelle que soit la direction que nous prenions, lorsque nous le rencontrons, il est déjà sur le chemin du retour.»Il était incomparable dans sa façon de débattre de la vérité et de suivre un argument jusqu'à sa conclusion logique. C'est probablement cette qualité, unie à une très grande clarté, qui fait qu'il ait su mieux comprendre le propos de la foi chrétienne que d'autres qui n'ont pourtant fait que se vouer à cela.



Son point de vue sur "la foi et le mythe"


Point n'est besoin d'aller plus loin que l'essai "Le mythe devenu fait", où il enjambe tous les pièges dans lesquels se débattent tant d'auteurs contemporains, y compris les incroyants qui pensaient nous surprendre récemment par leur Mythe du Dieu incarné (1977). De nos jours, le mot mythe est trop souvent employé comme synonyme de mensonge ou, au mieux, défini comme un genre de langage imagé pour sauvages. Combien ennuyeux nos contemporains ne sont-ils pas devenus. Même dans l'athéisme farouche de sa jeunesse, Lewis était allé aussi loin qu'eux, comme cela ressort d'une lettre datée du 12 octobre 1916 et adressée à l'un de ses plus vieux amis, Arthur Greeves :

«Toutes les religions ou mythologies - pour leur donner leur vrai nom - ne sont que pures inventions humaines. . . Ainsi se sont-elles développées. Souvent aussi, de grands hommes furent considérés comme des dieux après leur mort - Hercule ou Odin, par exemple. Ce fut également le cas du philosophe hébreu Yeshua (nom que nous avons altéré, en le transformant en Jésus). Après sa mort, il commença par être tenu pour un dieu; un culte se créa, que l'on rattacha d'ailleurs plus tard à celui, plus ancien, du Yahvé des Hébreux. Et ainsi, le christianisme prit naissance - une mythologie parmi tant d'autres!»


Les savants de notre époque auraient pu trouver en lui un allié, s'il s'était arrêté là. Mais Lewis continua d'argumenter contre lui-même, approfondissant ses réflexions sur la notion de mythe. Il désignait par ce terme tous les cas du même type d'événement revenant dans plusieurs religions différentes (la mort d'un dieu suivie d'une résurrection, par exemple). Il trouva la réponse qu'il cherchait durant la soirée du 19 septembre 1931. Il avait invité J. R. R. Tolkien et Hugo Dyson à dîner au Magdalen College. La discussion se prolongea tard dans la nuit: d'abord dans l'appartement de Lewis, puis sous les arbres de la Promenade d'Addison agités par un vent violent.


Violentes aussi les pensées qui s'agitaient dans l'esprit de Lewis! Cette même nuit, il définit le mythe comme «un mensonge murmuré à travers de l'argent». Avant le matin, la lumière s'était faite en lui. Ecrivant à Greeves peu de temps après, il dit :

«Ce que Dyson et Tolkien me montrèrent fut ceci : lorsque je rencontrais l'idée de sacrifice dans une histoire païenne, cela ne me dérangeait jamais; et lorsqu'il s'agissait d'un dieu se sacrifiant à lui-même... cela me plaisait même beaucoup, et j'en étais mystérieusement ému ; de même, l'idée d'un dieu qui meurt puis revient à la vie (Balder, Adonis, Bacchus) ne manquait pas de m'émouvoir, à condition de la trouver ailleurs que dans [es Evangiles... A présent, l'histoire du Christ est devenue pour moi un mythe vrai: un mythe ayant les mêmes effets sur nous que les autres, mais avec cette différence essentielle qu'il a vraiment eu lieu. »

Lewis était convaincu qu'on aurait pu se passer de lui, si les hommes de métier, les théologiens, au lieu de chercher à ménager la chèvre et le chou, avaient clairement présenté la foi chrétienne à leurs gens. Mais vu la situation, il se sentait obligé de faire tout en son pouvoir pour parer au plus pressant des besoins : car il lui semblait évident que même si «rien dans la nature même de la jeune génération ne l'empêche d'adopter la foi chrétienne», il est toutefois certain que «nulle génération ne peut léguer à celle qui suit ce qu'elle-même ne possède pas».

Sa tâche lui aurait été facilitée si les théologiens libéraux n'avaient jamais rien écrit. Cependant, même si c'était eux et leurs propos incrédules qui l'incitaient souvent à écrire, sa vraie motivation était toujours l'amour inaltérable qu'il éprouvait pour Dieu et pour ceux que le Bon Berger était venu sauver. Ce fut à ce service qu'il consacra librement temps et argent. Où trouva-t-il le temps? Tout le long de son remarquable apostolat en tant que défenseur d'un christianisme authentique et surnaturel, il n'a jamais manqué à son devoir. «Cette partie du front, disait-il, où je pensais pouvoir servir le mieux, me semblait aussi le point le plus vulnérable. Et tout naturellement, ce fut là que je montai en ligne.»


Aujourd'hui, il s'avère que le regard prophétique de Lewis fut même plus pénétrant que ne le reconnut sa propre génération.



A lire : deux réflexions de C.S. LEWIS sur :


1 : les miracles
et
2 : Que faire de Jésus-Christ ?


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